Alors que la pénurie de personnel qualifié reste un défi majeur en Suisse, un phénomène plus discret mais tout aussi préoccupant s’installe : la baisse de la rétention des talents. Les entreprises ne peinent plus seulement à recruter – elles peinent à garder.
Les données les plus récentes montrent une détérioration mesurable du taux de fidélisation, particulièrement marquée chez les jeunes actifs.
Les chiffres sont sans appel : 36 % des employeurs suisses s’attendent à une baisse de la rétention, soit près du double de la moyenne mondiale.
En parallèle, l’OFS observe une mobilité professionnelle accrue, avec jusqu’à 21,6 % de changements d’emploi chez les jeunes actifs, un indicateur clair d’un marché dynamique… mais instable pour les employeurs
1. Un marché du travail suisse devenu extrêmement mobile
Selon l’OFS, le marché du travail suisse se caractérise par :
- Une augmentation globale de l’emploi (+4,8 % entre 2019 et 2024)
- Une volatilité forte des postes vacants
- Un retour de la croissance du salaire réel (+0,7 % en 2024) après plusieurs années négatives
Ce contexte crée un environnement où les opportunités sont nombreuses et où les salariés n’hésitent plus à changer d'employeur pour :
- de meilleures conditions
- plus de flexibilité
- des perspectives de développement concrètes.
Autrement dit, la concurrence entre entreprises est plus forte… et la fidélité, plus faible.
2. Une détérioration de la rétention presque deux fois supérieure à la moyenne mondiale
Selon HR Swiss, 36 % des entreprises en Suisse anticipent une baisse de la rétention, contre environ 20 % dans le reste du monde.
Cette détérioration s’explique par plusieurs tendances structurelles :
a) Des attentes salariales en hausse
La reprise du pouvoir d’achat en 2024 a « réveillé » les attentes salariales des collaborateurs suisses
Ce phénomène, observé dans les données OFS, rend les contre‑offres internes plus difficiles à aligner.
b) De nouvelles exigences en matière de flexibilité
La flexibilité ne concerne plus uniquement le télétravail.
Aujourd’hui en Suisse :
- 47,3 % des salariés ont un horaire flexible
- 9,1 % travaillent principalement à domicile
Les entreprises qui peinent à adapter leur culture de travail voient leurs talents partir.
c) Une quête forte de sens, d’impact et de développement
HR Swiss relève que la transformation du travail implique :
- un besoin massif de requalification (upskilling/reskilling)
- une demande accrue de leadership humain
- des attentes élevées en termes de sustainability et d’éthique d’entreprise
Les organisations qui n’investissent pas dans ces dimensions deviennent moins attractives… même pour les collaborateurs déjà en poste.
3. La jeune génération : moteur de la mobilité
Selon l’OFS, jusqu'à 21,6 % des jeunes actifs changent d’emploi dans l’année.
Pourquoi ?
3 raisons principales :
1️⃣ Leur tolérance au statu quo est proche de zéro
La Gen Z et les jeunes millenials recherchent :
- un impact réel
- une culture transparente
- un management qui communique
- une progression perceptible
2️⃣ Les compétences tech ou analytiques sont très demandées
Le rapport HR Swiss souligne une montée en flèche des besoins en :
- IA
- cybersécurité
- data
- créativité
- leadership moderne
[smartemployer.ch]
Les profils qui détiennent ces compétences sont particulièrement sollicités.
3️⃣ Le marché offre énormément d’alternatives
Même en période de ralentissement, la Suisse reste l’un des marchés les plus dynamiques d’Europe.
Résultat :
👉 La fidélisation traditionnelle (salaire + ancienneté) ne fonctionne plus.
👉 La relation employeur–collaborateur doit évoluer vers un partenariat gagnant-gagnant, basé sur le développement et la flexibilité.
4. Les conséquences pour les entreprises suisses
La baisse de rétention entraîne :
- Hausse des coûts de recrutement
- Perte de savoir-faire
- Baisse de productivité pendant les phases de transition
- Fragilisation de la culture d’entreprise
- Augmentation du risque de surcharge pour les équipes restantes
Dans un contexte de pénurie de compétences, ces effets se cumulent.
5. Les 5 leviers concrets pour renforcer la rétention en 2026
Basés sur les tendances OFS et HR Swiss :
Offrir des parcours d’upskilling clairs
Les collaborateurs veulent savoir où ils vont (et comment y aller).
Renforcer la transparence (salaire, carrière, décisions)
Un facteur clé de confiance, particulièrement pour les Gen Z.
Repenser la flexibilité réelle, pas cosmétique
Flexibilité horaire, géographique, organisationnelle.
Former les managers à un leadership plus humain
Compétences essentielles : communication, empathie, gestion du hybride.
Investir dans l’ESG et la culture d’impact
Les collaborateurs veulent contribuer à quelque chose de plus grand.
La rétention en Suisse ne se dégrade pas par hasard : le marché bouge, les attentes changent, les talents évoluent.
Les entreprises qui sauront écouter, s’adapter et se transformer seront celles qui réussiront à fidéliser leurs collaborateurs dans un marché plus compétitif que jamais.
Sources
- Office fédéral de la statistique (OFS) – Indicateurs du marché du travail 2025 [hrbench.ch]
- HR Swiss / Smart Employer – Métamorphose du travail et projections 2030 [smartemployer.ch]